Marx XXIème siècle

mardi 30 octobre 2012

Philippe Corcuff, Marx XXIème siècle, Textuel, 2012, 191 pages.

Au XXIème siècle peut-on ignorer l’œuvre de Marx quand on milite ? La réponse négative à cette question est en filigrane dans cet ouvrage salutaire du sociologue, altermondialiste et libertaire, Philippe Corcuff. Lire et connaître Marx, certes, mais « cela suppose de ne pas se contenter de circuler automatiquement sur les vieux rails sans les réinterroger » (p. 188) et d’apprendre à penser « avec Marx, à partir de Marx, à côté de Marx, au-delà de Marx et contre Marx » (p. 178). L’eau a coulé sous les ponts et nous avons besoin de réévaluer nos outils conceptuels. Pour ce, l’auteur a choisi des textes emblématiques (extraits du Capital, du Manifeste, des Manuscrits de 1844, de L’idéologie allemande, des Thèses sur Feuerbach, des Grundrisse, etc.) qu’il commente d’une manière pédagogique et critique. La première contradiction capital/travail doit être complétée aujourd’hui par trois autres : capital/nature, capital/démocratie et capital/individu. Marx avait intuitivement saisi ces autres dimensions, sans les avoir fait aboutir aussi loin que la première contradiction. D’autres concepts comme la lutte des classes, l’économisme, le productivisme, l’historicisme, l’objectivisme vs le constructivisme, l’idéalisme vs le matérialisme, l’empirisme vs le théoricisme, sont revisités et révisés à la fois dans leur grandeur et leurs limites. Par exemple, il n’est plus du tout certain, de nos jours, que les classes dominées puissent être le fossoyeur du capitalisme, car il faut tenir compte de la précarisation contemporaine du salariat. Corcuff voit en Marx un précurseur du relationnisme méthodologique, qui vient déplacer la traditionnelle opposition individu/société : « Les relations sociales se présentent comme les entités premières, et tant les individus que la société comme des cristallisations secondaires des relations sociales » (p. 66). L’émancipation est aussi une affaire d’individu, certainement plus encore à l’heure actuelle. Le capitalisme ne serait plus capable de satisfaire les demandes de créativité individuelle et de reconnaissance personnelle, il engendrerait des frustrations. Côté écologie, Marx avait aussi eu quelques fulgurances, tempérées par sa fascination pour l’appareil productif de la bourgeoisie. Là encore, ambivalence. Côté démocratie, il avait hérité, rappelons-le, du libéralisme politique et voyait dans les droits individuels et les libertés politiques une composante des mouvements émancipateurs. Toujours l’ambivalence.

Cet essai nous donne de nouvelles lunettes pour lire l’oncle Karl, en pointant les erreurs d’interprétation et les biais provenant autant d’une partie des « marxistes » que des « antimarxistes ». Il se veut également un manuel pour les luttes modernes, puisque pour Marx la pratique apparaît comme l’épreuve décisive pour juger de la vérité d’idées, de connaissances, de théories et de discours. Le débat avance !

Bernard Legros



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